Quel Hommage au Dr Bruno Cheong?

Quel Hommage au Dr Bruno Cheong?


La mort du Dr Bruno Cheong ne peut nous laisser insensibles. Voilà une personne qui a payé de sa vie en accomplissant son devoir. Comme beaucoup d’autres certainement, mais qui ne sont heureusement pas atteints par le Covid-19. Cet élan de grande émotion sera sans doute accompagné d’un sentiment de colère, égale en intensité. Car, comme dirait Saint Paul, c’est «à cause d’un seul homme que la mort est entrée» chez nous. Le pas peut alors être vite franchi : de la tristesse à la condamnation, en passant par le jugement.
L’inconscience du «fameux» patient zéro ne fait aucun doute, et sa responsabilité ne saurait être effacée. Mais de cela, Dieu seul est le juge. Ce qui est fait est fait, nul ne peut défaire le passé. Mais nous pouvons nous poser une question : Est-ce que nous nous contenterons de «pleurer», qui un ami, tel autre un médecin traitant, puis «ranger» soigneusement dans nos archives cet événement triste comme preuve de la noblesse de nos sentiments ? Ou alors, nous «défouler» en invectives contre l’irresponsabilité de certains égoïstes ?
Ces deux attitudes, pour «naturelles» qu’elles puissent être dans un premier temps, ne donneront aucun fruit positif, car nous resterions figés sur un passé, un peu comme l’automobiliste resterait «collé» à son rétroviseur après avoir vu, sur l’autoroute (en sens inverse) un accident causé par un chauffard qui aurait fauché un innocent pour étaler ses prouesses de slalom dans sa voiture de sport…
J’écrivais, il y a quelque temps, que la colère légitime, bien que compréhensible, ne peut porter du fruit dans la durée. La seule réaction féconde, donc authentiquement spirituelle et humaine, est de laisser les événements nous interroger sur nous-mêmes. Est-ce que la mort du Dr Cheong sera «classée» comme une info anecdotique, ou est-ce que cela nous amènera à devenir plus humain, plus spirituel ?
Je faisais allusion plus haut à Saint Paul. Relisons ce qu’il dit : «Si par la faute d’un seul, la multitude a subi la mort, à plus forte raison la grâce de Dieu, grâce accordée en un seul homme, Jésus Christ, s’est-elle répandue en abondance sur la multitude» (Romains 5, 15). Saint Paul connaît la force meurtrière pour l’avoir lui-même subie, puis exercée sur les chrétiens, avant sa rencontre décisive sur le chemin de Damas. Il ne s’agit donc pas d’un discours «pieux», théorique, sans lien avec la réalité. C’est le langage de quelqu’un qui a découvert le sens de la vie et de la mort, et qui marque un tournant décisif pour son avenir.
Rendons donc au Dr Cheong l’hommage authentique qu’il mérite, en le laissant nous interroger, pour «continuer», chacun à notre manière, sa mission qui est finalement celle du Christ, de tout chrétien : «Voici la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi». Les dernières paroles de Saint Etienne, dans la lecture de ce matin, peuvent également nous inspirer : «Seigneur, ne leur compte pas ce péché». Car c’est à la suite de la mise à mort d’Etienne que Saul, le persécuteur qui «approuvait ce meurtre», fera sa rencontre décisive avec le Christ, et deviendra Paul, l’apôtre des nations.

Georges Chung s.j

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