COVID-19 Bill | Déclaration de la Commission Diocésaine Justice et Paix

Le Gouvernement mauricien a présenté hier deux projets de loi qui ont pour but de contrer l’impact du Covid-19. Le Covid-19 (Miscellaneous Provisions) Bill vient amender en ce sens plus d’une cinquantaine de lois, dont les très délicates lois du travail. Le Quarantine Bill sera, pour sa part,  introduit afin de réformer certaines dispositions de la Quarantine Act existant qui date de 1954. Le but : permettre l’application de mesures appropriées pour prévenir la propagation de maladies infectieuses.

Cette démarche honore le rôle des autorités politiques en tant que législateurs et nous nous devons de le saluer et de le respecter. En même temps, nous ne pouvons pas mettre sous silence des sentiments que nous partageons avec la population : nous craignons que les lois d’exception que le Gouvernement se propose de faire voter à l’Assemblée ce vendredi, génèrent dans la population une inquiétude qui pourrait déboucher sur une crise sociale de plus grande ampleur. Nous voudrions en particulier attirer l’attention des autorités sur quatre aspects qui nous semblent plus sensibles :-

  1. La précipitation avec laquelle ces amendements sont présentés aux fins de vote à l’Assemblée ne donne pas suffisamment de temps et de place au dialogue. Des amendements de cette ampleur touchant à la sécurité de l’emploi et à l’effondrement possible des entreprises, à l’équilibre de la dette publique et à la liberté des citoyens demanderaient plus de temps pour évaluer les enjeux et un engagement de toute la Nation. Sans compter la rétroactivité des lois, amendes et période d’emprisonnement ; la non-nécessité de mandats délivrés par un magistrat pour la perquisition d’un domicile or pour une arrestation ; encore d’autres pouvoirs discrétionnaires donnés au Premier Ministre et d’autres Ministres, ce qui peut amoindrir encore le pouvoir de l’Assemblée Nationale. Pouvons-nous nous payer le luxe d’un désaccord massif ou d’une incompréhension d’une large partie de la population alors que nous nous devons faire face à une crise sans précédent ?
  2. Quelle assurance avons-nous à propos de la durée des lois d’exception ? Combien de temps dureront-elles ? Car, en effet, la grande tentation serait qu’une fois adoptées, ces deux lois installent de nouvelles habitudes au sein de la conduite de l’économie, et qu’à la longue, les décideurs de ce secteur ne veuillent plus les perdre…
  3. Les pouvoirs étendus qui seront conférés à la police sont-ils limités dans le temps et sont-ils limités aussi au domaine sanitaire en temps de pandémie ? Les amendes disproportionnées ajoutées à l’inscription à vie du délit sur les certificats de moralité, passeports pour obtenir un travail, sont aussi décriées. Devant les violences affreuses ayant conduit récemment à la mort de prisonniers qui étaient sous le contrôle des autorités, la population exprime des appréhensions. 
  4. Les droits des travailleurs sont menacés par les facilités de licenciement qui seront données aux employeurs. Beaucoup sont angoissés devant une possibilité de perte d’emploi à n’importe quel moment. Comment accompagner ceux qui sont ou vont se retrouver sans emploi ou en chômage technique ? Nous entendons certains dire publiquement qu’il n’y a pas eu, au préalable, de concertation assez large pour penser ces bills, tandis que d’autres craignent que ce soit surtout les très petites entreprises (TPE), les petites et moyennes entreprises (familiales surtout), les entrepreneurs plus modestes, etc., qui vont souffrir.

Jusqu’à maintenant le gouvernement a bien géré la crise de la pandémie du COVID 19. Il a pris des mesures courageuses dès le départ, et a su mobiliser avec proactivité toutes les forces pour qu’à ce jour, la propagation du virus à Maurice semble être sous contrôle. Alors que le pays entame un virage serré dans la lutte contre le coronavirus, il serait regrettable que les autorités perdent l’adhésion suscitée jusqu’à l’heure dans la population.

Nous faisons appel aux gouvernants pour trouver un forum pour faire remonter les appréhensions de la société civile, entendre ses objections et pouvoir y répondre. Ce même exercice avait été fait et avait très apprécié pour toutes les questions pratiques autour du confinement, des questions sanitaires.

 Mais il permettrait, surtout, de rassurer la population à un moment où, face à la transition vers la reprise du travail et un monde post-confinement, la chose la plus importante serait, peut-être, d’inspirer la confiance et l’espoir dans un avenir meilleur pour notre belle société mauricienne.

La Commission Diocésaine Justice et Paix

Père Jean Maurice Labour – Aumônier de la Commission Diocésaine Justice et Paix

Jean Paul de Chazal – Président de la Commission Diocésaine Justice et Paix

13 mai 2020

Panier
Il n'y a pas d'articles dans le panier !
Continuer les achats
0