Edito | Oser nous indigner

Alors que se profile le rendez-vous du 12 septembre, à Mahébourg, il est bon de faire un constat de la marche citoyenne du 29 août dernier.

Au-delà du record d’assistance, cette marche a été largement portée par les jeunes. Des jeunes de toutes communautés, classes sociales, couleurs, qui ont fait peu de cas de leurs différences pour s’unir comme un seul homme et se rallier à une cause. Des jeunes dont nous avons trop souvent dit qu’ils sont passifs, individualistes, imperméables aux enjeux sociopolitiques, prisonniers de leur bulle technologique. Mais qui ont démontré, samedi dernier, qu’ils pouvaient sortir de leur zone de confort, se mouiller, et crier leur indignation et rejet de notre société telle qu’elle se présente aujourd’hui.
Des jeunes avec lesquels il faudra désormais compter, qu’il s’agisse de l’actuel gouvernement ou de ceux à venir.

Autre constat : la solidité de notre tissu social. D’une part, la marche s’est déroulée dans le calme, la discipline. Et, d’autre part, les 100 000 Mauriciens dans les rues n’a pas fait que le lendemain matin, les voisins se sont regardésmen chien de faïence. Peut-être avons-nous été jusqu’ici trop timorés, voire lâches, en n’osant pas nous indigner plus fréquemment au nom de ce fameux tissu social à protéger… Alors que démonstration a été amplement faite que le Mauricien aime son pays, chante à plusieurs reprises et à gorge déployée le Motherland, porte avec fierté son quadricolore…

Port-Louis. Mahébourg. Rivière-Noire… L’on annonce aussi des marches citoyennes devant des institutions. La machinerie est certes en marche, mais est-ce qu’on change une société à coups de « b… li deor ! », de vociférations ? Ou encore en boutant dehors ceux en place pour réinstaller d’autres dinosaures…

Le cri de la rue samedi dernier, était porteur de souffrances : deux familles dirigeantes alternent depuis l’accession du pays à l’indépendance, avec force protection des leurs, institutions parasitées, communalisme, incompétence…
Ce cri de la rue était aussi porteur de rêves d’une société plus inclusive, où the right man is at the right place, avec une société civile considérée comme partenaire privilégiée, des politiciens en habit de service… Mais pour que ce rêve devienne réalité, il faudra bien s’arrêter, s’asseoir, mettre les idées ensemble, faire émerger les compétences… Le défi est bien là aussi !

Danièle Babooram

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