Le père Dorai Raj perd deux membres de sa famille

Le père Dorai Raj perd deux membres de sa famille

 « Mais si c’est la volonté de Dieu, je l’accepte »

La pandémie de la Covid-19 en Inde fait des ravages. Des milliers de personnes meurent chaque jour à cause du manque d’oxygène. Il n’y a pas de place dans les cliniques ni dans les hôpitaux. Le père Dorai Raj, curé de la paroisse Sacré-Cœur, Rivière-des-Anguilles, a malheureusement perdu son frère et sa sœur en 24h. Face à cette tristesse de ne pouvoir se rendre auprès de sa famille, il nous parle de la situation en Inde actuellement.

Le 4 et le 5 mai : deux dates que le père Dorai Raj n’oubliera pas. Car c’est à ce moment qu’il a perdu son frère Xavier Rosario et sa sœur Mary Flora, en moins de 24h. Loin de sa famille, c’est un moment dur pour lui. Originaire du Sud de l’Inde, Vettavalam dans l’État de Tamil Nadu, le père Dorai Raj est issu d’une fratrie de 10 enfants, cinq garçons et cinq filles. Aujourd’hui, de cette grande famille, il ne reste que trois frères qui sont prêtres et quatre sœurs dont l’une est religieuse.

« C’est très dur de perdre deux membres de sa famille en 24h. »

« C’est très dur de perdre deux membres de sa famille en 24h. Ma sœur et mon frère se sont rendus à l’hôpital le 1er mai et ils ont été testés positifs à la Covid-19. » Ce jour-là, son frère a même été admis pour des soins, car il avait déjà des complications de santé. Mais sa sœur Mary Flora est, quant à elle, retournée à la maison vu son âge et les places non disponibles.

Le destin en a décidé autrement le 4 mai et Xavier Rosario décède. Cet ancien militaire avait repris la tabagie familiale après la mort de son père. Xavier était lui-même père de quatre enfants et au fil du temps, il est tombé malade. «  C’était un frère aimant et un père de famille exemplaire. »

Et comme si le destin s’acharnait, le 5 mai, sa sœur Mary Flora décède aussi. Mary Flora et Xavier Rosario habitaient dans la même maison. Mary Flora était une religieuse et une enseignante. «  Ma sœur, âgée de 75 ans, était l’aînée de la fratrie. Elle avait auparavant fait partie de la Congrégation des Sœurs salésiennes, Don Bosco Marie Auxiliatrice. Mais elle a dû abandonner pour cause de maladie. »

Perdre coup sur coup deux membres de sa famille tout en étant loin est une dure epreuve. « Mais si c’est la volonté de Dieu, je l’accepte. C’est vrai que j’accepte tout cela dans la foi, parce que la mort n’a pas de pouvoir sur la vie. J’ai le grand espoir qu’ils vont ressusciter un jour comme le Christ lui-même. Que la volonté de Dieu soit faite. »

Aujourd’hui, la douleur est toujours présente, mais grâce au soutien de sa deuxième famille qui est à Maurice, notamment ses paroissiens, ses amis et ses confrères, le père Dorai Raj se relève peu à peu pour faire face à cette immense perte. « Dans mon premier discours à Rivière-des-Anguilles, j’avais dit que j’ai quitté ma famille mais que j’ai aussi retrouvé une famille dans ma paroisse. Tous les paroissiens sont mes proches. »

« J’ai le grand espoir qu’ils vont ressusciter un jour comme le Christ lui-même. »

Sa belle-sœur et les deux filles de cette dernière sont seules en Inde. Pour elles, la situation est plus ardue. Elles font leur deuil dans le silence à la maison car avec la pandémie, les règles sont plus strictes, pas le droit de sortir pour aller rencontrer les gens.

Le plus dur a été l’organisation des enterrements. «  Comme mon frère, ma belle-sœur, mes nièces et ma sœur habitaient tous dans une seule maison, ils sont tous infectés. Et c’est mon beau-frère qui habite à quelques mètres de la maison qui a dû s’occuper des funérailles. »

La situation en Inde est catastrophique. Pour le prêtre, certains États auraient dû prendre des mesures strictes dès le début pour éviter la propagation de cette pandémie qui fait des ravages dans le Nord et le Sud de l’Inde. «  C’est désolant de voir que les corps sont mis en tas et brûlés sans les rites funéraires. Le plus triste, c’est qu’il n’y a parfois pas de bûcher disponible pour la crémation. La situation est ingérable. Les gens sont incinérés n’importe où et n’importe comment. »

À ce stade, le père Dorai Raj ne comprend pas ce silence du gouvernement central face à cette pandémie désastreuse. « Les aides arrivent de différent pays, mais la façon dont la situation est gérée n’est pas encourageante. Je me pose la question face à ce silence  : est-ce que le gouvernement trouve que l’Inde est trop peuplé et qu’il faut diminuer la population  ? Ou fait-il cela pour que les gens prennent leurs responsabilités ? »

Le père Dorai Raj souhaite de tout cœur qu’une solution soit vite trouvée afin de limiter la perte en vies humaines. Il remercie aussi tous ceux qui l’ont soutenu et aidé dans ce moment si difficile de sa vie.

Arline Esther-Gérard

 

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