« La ‘Lectio divina’ n’est pas une étude savante de la Bible »

« La ‘Lectio divina’ n’est pas une étude savante de la Bible »

« Anou gout la Parol » – le père Patrick Fabien :

« La ‘Lectio divina’ n’est pas une étude savante de la Bible »

Pour nourrir notre foi, La Vie Catholique proposera bientôt une publication Anou gout la Parol. Une méditation des lectures dominicales selon la Lectio divina. Les deux premiers mois – juillet et août – seront le fruit du travail du père Patrick Fabien. Découvrons les richesses de la Lectio divina par le biais de cet entretien.

Père Fabien, quand nous vous avions approché pour un travail autour d’une « Lectio divina » mensuelle, vous avez répondu un « oui » enthousiaste. Notre échange a laissé bien vite entrevoir votre grande passion de la Bible. Que représente-t-elle pour vous ?

C’est comme un transistor que l’on porte sur soi et qu’on écoute tout le temps. C’est l’histoire du regard de Dieu sur les hommes, que ce soit dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament.
On a tendance à les opposer, l’Ancien étant perçu comme le lieu de vengeance. Mais il faut avoir des outils pour comprendre et entrer dans le genre littéraire. Prenons une annonce de décès qui se décline souvent ainsi :
« On nous prie d’annoncer le décès de Monsieur Untel… » C’est un genre littéraire qui ne laisse pas place aux sentiments. Pourtant, il y a bien des souffrances derrière ces mots…

Justement, vous proposerez, dans le prochain numéro de « La Vie Catholique », une « Lectio divina » pour tout le mois de juillet. Avec comme mission de « gout la Parol ». Qu’est-ce qu’une « Lectio divina » ?

La Lectio divina n’est pas une étude savante de la Bible. Elle vise à faire apparaître comment un texte me parle du début à la fin. La Lectio divina vise à faire ressortir ce qu’il y a derrière un mot, un geste de Jésus, ce que ces mots-là veulent communiquer comme sentiments, attitudes… Les paroles de Jésus sont remplies d’émotion. Il faut les retrouver, les ressentir, pour prendre pleinement possession du texte.
La beauté de la Lectio divina est de permettre de goûter à la Parole. Et pour ça, il faut toujours commencer par dire le contexte, de « où on est dans le texte ». C’est aussi retrouver le sens des mots, ce qui s’y cache…
Prenons l’exemple de l’Évangile des 5 pains et 2 poissons. Le pain renvoie à Moïse, à la manne. Mais les pains et les poissons mis ensemble, ça donne 7 éléments. 7, le chiffre parfait, le chiffre de l’abondance. Un chiffre qui dit la présence de Dieu ; qu’il est à l’œuvre. C’est cela que dit le texte, mais personne ne le comprend. On pourrait aussi se demander, pourquoi des poissons ? Certes, l’histoire se déroule au bord d’un lac, un lac poissonneux. C’est la première version. La deuxième version est que « poisson » se dit en grec Ichthus. Ichthus : Jésus- Christ, Dieu fils Sauveur… Et là, on découvre comment le texte nous amène à croire.

Est-ce à dire que la Bible reste difficile s’il n’y a pas une personne pour guider dans la lecture ?

La Bible parle à chacun de nous, avec ce que nous sommes. Mais en tant qu’exégète, étant donné mon background, mes connaissances, je peux la faire parler davantage. Mieux la Bible est décodée, mieux on y voit le regard d’amour de Dieu.

Faut-il une attitude spécifique pour cheminer avec et comprendre la « Lectio divina » ?

Pour celui qui la travaille, il faut de la discipline, pour ne pas entrer dans trop d’explications. Il faut éviter d’être érudit, mais vulgariser dans le sens de se mettre à la portée et rester dans la communication directe. Et pour celui qui reçoit la Lectio divina, il doit aimer la Bible, aimer Jésus et se laisser toucher par ce Jésus prévenant. Au départ, il faut donc une envie de le connaître.

Quelles sont les étapes pour avancer dans la « Lectio divina » ?

Lire la lecture du présent dimanche une fois, deux fois, autant de fois que le besoin se fait sentir. Si quelqu’un peut raconter, ce serait encore plus beau ! Prendre un temps de silence pour entendre ce que la Parole me dit (pas ce que j’en pense), avant de passer à un partage en commun. Et après, faire intervenir les explications de la Lectio divina, tout ce qui constitue mon éclairage, qui consiste à faire découvrir comment cette Parole avance et vient communiquer quelque chose.

Qu’est-ce que vous auriez aimé direau lecteur qui va recevoir votre travail ?

Faites un groupe de 6 à 7 personnes ; vous en profiterez davantage. Donnez-vous le temps. J’offre une méthode avec comme visée « anou gout la Parol ». Je vous souhaite de découvrir que c’est la plus belle des choses que de pouvoir être avec la Bible. D’être au moins chaque dimanche avec un texte avec lequel on parle et qui nous parle.

Et vous, comment avez-vous découvert la Bible ? Comment s’est entretenu cet amour entre vous et elle ?

J’ai toujours aimé la lecture. Au collège, j’adorais la littérature. J’ai beaucoup lu quand j’étais en Form VI. Chaque semaine, deux à trois romans y passaient. Les grands auteurs, les grands classiques, les pièces de théâtre…
Mon premier diplôme était en littérature française…
L’amour du texte m’emmènera à la plus belle des littératures, la littérature biblique. Quand je suis venu à la Bible, ça a été une découverte. C’est graduellement, à travers mes études, que je comprends le texte et aussi que j’aime le texte. Les paraboles de Jésus sont, pour moi, les plus grands textes de la Bible. Par des récits très simples, on s’ouvre à l’éternité, à ce Dieu amour.

DB

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