S’enregistrer et voter, permet à son opinion de compter

S’enregistrer et voter, permet à son opinion de compter

« S’enregistrer et voter, pour que votre opinion compte !  » Tel est le message que lance Géraldine Hennequin-Joulia, fondatrice du parti politique Idéal Démocrate, dans cette interview. Ce message s’adresse particulièrement aux jeunes, alors que l’exercice de vérification des électeurs par la Commission électorale, se tiendra du 16 au 31 juillet.

En quoi cet exercice d’enregistrement et de vérification est-il un premier pas vers une plus grande valorisation de la démocratie ?

S’enregistrer est un MUST pour chaque citoyen de 18 ans et plus. S’enregistrer puis voter, permet à son opinion de compter au moment des élections, quelles soient locales ou nationales. Il y a eu une sévère anomalie lors des élections législatives de 2019 et on s’en souvient.

Des milliers d’électeurs n’ont pas voté. Cela au prétexte que leur nom n’était pas ou plus sur les registres de la Commission électorale. Ce phénomène était d’une ampleur inédite. Il s’agissait pour moi du premier signe d’alerte d’un dysfonctionnement de notre système démocratique.

Les explications avancées par les autorités n’ont pas convaincu. Je crains  que nous n’ayons ensuite avancé à grandes enjambées sur cette pente glissante qui s’est ouverte. La crise de la Covid-19 aidant. Cet exercice est donc primordial pour s’engager avec force dans notre destin commun.

Nous sommes tous concernés quand une crise frappe. Il est inutile de s’abstenir de voter et de se plaindre ensuite d’avoir des décideurs qui s’arrangent à outrance avec la morale, au point où le pays est gangrené par la corruption et le communalisme à tous les étages.

Des solutions à partir de constats.

À Idéal Démocrate (ID), nous proposons des solutions concrètes, à partir de constats. Par exemple, aujourd’hui, pour les citoyens de Curepipe, cet exercice primordial d’enregistrement ne sera pas simple. La Commission électorale a choisi deux lieux excentrés de la ville. Nous demandons un point au centre-ville pour faciliter l’accès. Par ailleurs, puisque nous sommes quand même au XXIe siècle dans un pays qui se dit « cyber-île  », nous demandons que l’exercice de vérification soit au moins possible en ligne ! Et qu’une réforme soit considérée à moyen terme pour que l’enregistrement se fasse systématiquement quand un citoyen atteint sa majorité. Qu’est-ce qui nous empêche d’imaginer qu’au moment où les autorités lui remettent sa carte d’identité nationale, une procédure soit mise en place pour l’enregistrer dans le fichier de la Commission électorale ? Voilà une mesure qui soulignerait la volonté de l’État de valoriser les processus démocratiques.

Dans les pages « Forum » du « Mauricien », vous parlez de droits fondamentaux bousculés lors des dernières élections générales (2019) et de responsabilité citoyenne. Quelle est la place de l’éducation et de l’information dans ce processus de responsabilisation des citoyens ?

L’éducation à la citoyenneté est un des grands absents de notre démocratie. Elle devrait commencer à l’école, dont la mission n’est pas de créer uniquement une tête bien pleine qui sera une machine à produire, mais de veiller au vivre-ensemble, à la nécessité de penser au bien commun et d’être moins dans le « moi d’abord ». Regardez nos rues, nos lagons et même nos montagnes. Il y a des déchets partout ! À l’heure d’une urgence écologique, le citoyen est incapable d’apporter sa contribution qui est de ne pas polluer, de recycler et de consommer différemment.

Il y a également l’accès à l’information. Je suis très étonnée qu’il n’y ait pas eu une campagne des autorités autour de cet exercice d’enregistrement. Avec le mécontentement que les anomalies de 2019 ont soulevé, on aurait pu attendre des autorités les efforts nécessaires pour que les citoyens sachent qu’ils peuvent s’enregistrer ces jours-ci. Visiblement, ce n’est pas une priorité. Pas étonnant que, dans le dernier sondage d’AfroBarometer, la Commission électorale soit en tête de liste des organismes ayant perdu la confiance des concitoyens interrogés.

Vous dites que « le décrochage des jeunes est une catastrophe ». Comment en sommes-nous arrivés là ?

Nos politiciens en alliance et mésalliances n’ont pas su susciter l’intérêt dans la grande majorité des jeunes et c’est encore un de leurs échecs. Les partis utilisent le terme «  jeunes  » dans leurs slogans, et c’est tout. Aujourd’hui, un jeune est préoccupé par ses études, son orientation professionnelle, les possibilités qu’il aura de voyager, de vivre des expériences sociales, culturelles, sportives qui ressemblent à ce qu’il voit ailleurs. Il ne faut pas se leurrer, personne ne lui parle d’avenir. Les visionnaires, ceux qui nous donnent de quoi nous projeter dans les dix voire quinze ans à venir, ont disparu de notre pays  ! Que dit la jeunesse en regardant notre Parlement  ? Je vais vous répondre sans détour. Elle y voit l’incarnation de la médiocrité que nous avons laissé prospérer, le copinage et l’allégeance aux maîtres des partis ! C’est triste et révoltant.

Comment la contribution des jeunes arrivera-t-elle à remettre les pendules à l’heure ?

La contribution de chaque citoyen compte pour rebattre les cartes. Celle d’une nouvelle génération doit être aussi prise en compte. D’ailleurs, il y a une philosophie hindouiste qui dit que dans la vie, rien n’est jamais achevé. Tout est question de cycles. Elle ajoute que ce qui a été fait avant est pris pour exemple, mais jamais copié à l’identique. C’est à la charge de la nouvelle génération de modeler les choses à sa façon. Il faut laisser de l’espace pour que cela arrive, sur la base de valeurs communes. Il ne faut pas figer notre société.

Selon les statistiques d’« AfroBarometer », 54% des sondés estiment que Maurice prend une mauvaise direction et seulement 69% des sondés sont satisfaits de notre modèle démocratique. Qu’est-ce qui causerait du tort à notre démocratie ?

Je dirais que c’est le déni de notre réalité économique, écologique et sociale. Nous sommes sur une ligne de crête et le point de bascule n’est plus très loin.

Comment notre culture politique pourrait elle être plus inclusive ?

Si elle est inclusive, d’office cela veut dire qu’elle n’est pas autocrate. Il est urgent que ceux qui tiennent la barre de notre République aient une ligne de conduite transparente, intègre et responsable. En disant cela, j’ai l’impression de demander la lune ! Idéal Démocrate croit dans un État de droit, avec une nécessité de réformes audacieuses et qui ne se trompe pas de priorités.

Interview réalisée par Anaïs Rock
Crédits photo : Frédérick Breville
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