Casiers de pêche : un art qui se perd

Casiers de pêche : un art qui se perd

Ar zot, pwason pa gagn sape. Eux, ceux sont les artisans qui fabriquent des casiers de pêche en fer. Direction Trou-d’Eau-Douce pour découvrir cet art. D’autant plus que les artisans qui le pratiquent se font de plus en plus rares.

Casiers de pêche

Bruno Grande-Oreille, tressant l’ouverture du casier.

Autour de lui des rouleaux de fil de fer tordus et couverts d’une matière graisseuse et noirâtre. Et pourtant, de ses mains et avec une impressionnante dextérité, tel un artiste, Bruno Grande-Oreille va les transformer en casiers de pêche.

« C’est un métier que mes frères et moi-même avons appris de notre père (…) J’ai commencé avec quelques commandes avant d’en faire mon gagne-pain  », explique-t-il, en ajoutant que seuls lui et son frère continuent à pratiquer ce métier dans la famille. En effet, ils ne sont plus nombreux à le faire, de manière générale. En plus de cela, ceux qui fabriquent ces casiers ne sont plus vraiment jeunes. Ainsi, la question de la relève se pose.

Les enfants de Bruno Grande-Oreille se sont tournés vers d’autres secteurs professionnels, forts d’un certain niveau d’éducation. Notre interlocuteur, lui, n’avait pas trop le choix. En effet, la mer et la fabrication de casiers étaient les seules options pour lui quand sa famille n’a plus eu les moyens de l’envoyer à l’école.

Aujourd’hui âgé de 58 ans et avec des décennies d’expérience dans la fabrication de casiers, Bruno Grande-Oreille s’est habitué au fait d’avoir du cambouis plein les mains. Avec rigueur, force et courage, il tresse les fils, les nettoie et les tisse.

Travail de longue haleine

Un casier de pêche, explique-t-il, prend environ quatre jours à assembler et est composé de quatre parties : le haut, le bas, les côtés et l’ouverture. Chaque pièce est construite individuellement. Il faut tout d’abord défaire de longs rouleaux de royar pour en extraire les fils de fer. Ensuite, ces derniers sont frisés et doivent être tendus droit avant d’être tressés. Bruno ajoute que cette préparation prend environ deux jours, en fonction du nombre de casiers voulus.

Ce n’est qu’à partir de ces matériaux préparés que les pêcheurs commencent le tissage. « En raison des fils qui tournoient dans tous les sens, une seule personne peut travailler sur une pièce  », explique notre interlocuteur. C’est souvent au ras du sol, le dos courbé, qu’ils construisent les casiers. Une position inconfortable qui vaut à notre interlocuteur des maux de dos et le besoin de prendre des pauses régulières pendant le tissage. Chaque casier complété lui rapporte environ Rs 2 500 et le produit peut avoir une durée de vie de six mois à un an.

Casiers de pêche

Jean-Robin Grande-Oreille, tressant le bas et le haut du casier en fer.

La perte d’un art

Pour Jean-Robin Michel, cela ne s’arrête pas seulement au tressage, mais s’étend aussi à la pêche en mer. « Il faut savoir où placer ces casiers. »

À 72 ans, le vieux loup de mer en a tiré des casiers remplis de poissons. « La pêche m’a permis de faire vivre ma famille et d’offrir un lopin de terre à chacun de mes enfants  », confie-t-il. Aujourd’hui, Jean-Robin est d’avis que l’art de faire des casiers et la pêche aux casiers se perdront avec le temps. Pourquoi ? Parce que c’est un travail qui demande patience et rigueur, estime-t-il, en précisant que la jeune génération n’a plus ces qualités. « Je dois porter un casier à la fois et le placer en mer avec de grosses pierres. Quelques jours plus tard, je reviens pour le sortir et récupérer les poissons. Imaginez l’effort et les dépenses pour placer une dizaine de casiers. Surtout qu’il peut arriver que vous n’attrapiez rien en retour. »

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup préfèrent d’autres méthodes de pêche, estime notre interlocuteur.

Casiers de pêche

Jean-Robin et Bruno ont appris ce métier de leur père.

Yanick Bazile
Crédits photos : Jovanni Grétry
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