Brandy Perrine : plus vite, plus haut, plus… handisport !

Brandy Perrine : plus vite, plus haut, plus… handisport !

Une deuxième participation d’affilée pour les Paralympiques. Voilà un premier cap franchi pour l’athlète Brandy Perrine. Cette dernière représentera Maurice dans la course en fauteuil T54 sur le 100 m, 400 m et 800 m. De Plaisance, Rose-Hill, à Tokyo, il y a eu des efforts et un encadrement nécessaire et continu pour franchir ce palier. En marge de l’ouverture des Paralympiques de Tokyo (24 août – 5 septembre), La Vie Catholique s’est immiscée dans la bulle de Brandy Perrine pour découvrir le travail derrière sa qualication.

A J-1 de son départ pour Tokyo, Brandy Perrine peaufine les derniers réglages avec son coach, Maxwell Drack. Cinq ans se sont écoulés depuis cette 5e place lors des séries du 100 m T54 des JO de Rio. Aujourd’hui, les yeux sont braqués sur le pays du soleil levant, avec pour objectif de faire mieux qu’au Brésil.

«  Je ferai tout pour atteindre une finale  », soutient notre interlocutrice, espérant au passage l’amélioration de ses performances personnelles. En attendant, la jeune athlète a parcouru du chemin, tant sur le plan sportif que personnel. Au-delà des médailles, le handisport a été un moyen pour Brandy de s’épanouir et aussi de dépasser sa timidité. «  Malgré notre handicap, nous devons persévérer, que ce soit dans le sport ou une autre activité que l’on aime (…) C’est l’occasion de se faire des amis et de s’amuser dans un domaine où on s’épanouit », affirme-t-elle, pour encourager les autres personnes en situation de handicap.

Persévérance

«  Mo sel bit, se ki mo ti anvi seki li kapav, deplase par limem.  » Tel est le souhait de Flora Perrine, en apprenant le handicap de sa fille à sa naissance. Cette dernière était loin de s’imaginer que Brandy serait un jour (pour la deuxième fois) au départ d’une course des JO. Cette habitante de Plaisance ne cache pas que c’est une fierté pour elle et son entourage de voir la réussite et l’épanouissement de sa fille.

Certes, ce ne fut pas un long fleuve tranquille pour que Brandy puisse avoir les mêmes chances que les autres. Flora se souvient du long combat pour permettre à sa fille de poursuivre sa scolarité dans un collège.  «  Malgré les bons résultats, les infrastructures ne pouvaient accueillir un élève en fauteuil  roulant », explique-t-elle. Sans parler des difficultés pour organiser des sorties, faute d’un moyen de transport.

Mais malgré les obstacles, Flora n’a jamais cessé de persévérer pour sa fille malgré son handicap. «  Il ne faut pas que les parents soient découragés ou qu’ils découragent leur enfants  », exhorte-t-elle. La preuve  : Flora n’a pas hésité lorsque sa fille a voulu se mettre au handisport.

Ce soutien a permis à Brandy de s’épanouir dans cette activité et d’être plus autonome. Depuis quelques temps, cette mère a même dû réapprendre à vivre loin de sa fille, engagée dans des compétitions internationales. Elle sait néanmoins que Brandy fait ce qu’elle aime. « Je continuerai à la soutenir, handisport ou pas », ajoute-t-elle, en espérant que sa fille donne le meilleur d’elle-même à Tokyo.

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Au-delà du simple fait de la transporter, le chauffeur aide Brandy à s’installer dans le véhicule et à porter son équipement

Des efforts

Se surpasser. Voilà ce que ne cesse de faire Brandy depuis 2013, avec l’aide de son coach, Maxwell Drack. Ce dernier entraîne bénévolement Brandy Perrine et Cédric Ravet pour les courses en fauteuil. Ancienne gloire de l’athlétisme mauricien, il avoue que la charge de travail n’est pas moindre pour les handisportifs. «  Les muscles du bras sont plus sollicités par rapport à un athlète valide qui peut s’appuyer sur ses jambes (…) il faut ainsi beaucoup travailler sur la récupération  », explique notre interlocuteur.

Derrière l’effort, Maxwell ajoute que l’athlète doit apprendre à faire un avec son fauteuil. Ce simple exercice peut prendre des mois. « Le handicap de chaque athlète diffère, tout comme sa position sur un fauteuil de course », souligne-t-il. Ainsi, le coach doit s’atteler non seulement à l’entraînement de son poulain, mais aussi à comprendre la spécificité de son handicap pour que l’athlète puisse donner le meilleur de lui-même.

Si aujourd’hui Brandy peut améliorer ses performances, c’est en partie dû au fait que chaque compétition a été un moyen de trouver la position idéale sur son fauteuil.

Faute de compétitions, la progression de l’athlète connaît toutefois un ralentissement. Dans ce sens, Maxwell souligne le besoin que l’encadrement des handisportifs soit plus professionnalisé.  «  Si on veut que la discipline progresse, l’encadrement aussi doit progresser (…) Nous sommes tombés dedans par passion et avec notre expérience des sportifs valides », rappelle notre interlocuteur. D’où le besoin de formation plus spécifique en handisport.

Comme coach, Maxwell a eu la chance d’apprendre, au fil des formations à l’étranger. Cependant, il maintient l’importance que ces types de formations se tiennent aussi à Maurice, afin d’intéresser les coachs mauriciens au handisport. « Ainsi, il ne s’agirait pas simplement donner de son temps, mais aussi d’apprendre quelque chose pour le transmettre aux athlètes. »

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Alors que Brandy se prépare, son coach monte son fauteuil de compétition.

Des changements

Avec plus d’une vingtaine d’années dans le handisport comme athlète et ayant fait partie de la fédération des handicapés physiques, Véronique Marisson avoue qu’il y a eu une progression. Un travail de longue haleine des athlètes et de la fédération pour arriver à la situation actuelle. Aujourd’hui, note notre interlocutrice, il y a des athlètes de haut niveau en handisport et ils bénéficient d’un fonds pour investir dans la discipline qu’ils pratiquent. Néanmoins, il y a encore du travail à faire pour permettre aux athlètes de franchir un autre palier.  «  Tout doit être fait pour l’athlète afin qu’il continue à s’améliorer », estime Véronique Marisson. Avec un bon encadrement, elle est certaine que cela est possible.

En ce sens, après les Paralympiques 2020, Véronique estime que le travail doit continuer. « Brandy devra bénéficier du même accompagnement et du même encadrement que maintenant. Son coach et elle devront aussi avoir plus de frottement avec les compétitions. Mais le plus important est que Brandy aime le sport qu’elle pratique. »

Pour Véronique Marisson, le plus grand progrès reste l’épanouissement qu’apporte le handisport aux personnes en situation de handicap.« Quand j’ai commencé le sport, j’ai pris plus confiance en moi », résume notre interlocutrice, qui invite les personnes en situation de handicap à se tourner vers les instances concernées pour pratiquer un sport. Cela a aussi été le cas pour Brandy.

Dans ce sens, la stratégie, selon elle, serait de travailler sur la valorisation des disciplines offertes aux personnes en situation de handicap.  «  Il faut les initier aux différents handisports à Maurice. C’est qu’après que viendra la spécialisation, si besoin est  », poursuit Véronique, en ajoutant qu’il n’y pas que l’athlétisme comme handisport. Vulgariser d’autres disciplines pourrait certainement contribuer à régler la disparité entre le nombre de handicapés physiques et le nombre de handicapés physiques qui pratique un sport.

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Comme Brandy ne fait qu’un avec le fauteuil, toute chute peut avoir des séquelles, d’où les équipements de protection.

Du soutien

Environ Rs 200 000. Voilà ce que coûte environ le fauteuil de compétition de Brandy Perrine. Pour pouvoir se payer son équipement, l’athlète doit souvent compter sur des sponsors. Sur ce point, Jean-François Favory, handisportif et président de la Commission des droits des personnes handicapées de DIS MOI, estime que la tâche s’annonce souvent herculéenne. «  Les handisportifs ont eu des sponsors pour Tokyo. Mais avant d’en arriver là, il n’y a pas eu de sponsors. Ils ont dû se débrouiller seuls », explique notre interlocuteur.

Ce dernier ajoute que les handisportifs s’appuient souvent sur leur propre volonté pour arriver au plus haut niveau et il ne comprend pas pourquoi l’apport des sponsors ne vient pas avant. «  Kifer bizin atann kalifikasionTokyo pou gagn sponsor ? S’il y avait eu un investissement en amont, peut-être que la qualification aurait été obtenue plus tôt », lance notre interlocuteur.

Au-delà de l’argent, Jean-François Favory estime que le soutien au handisport se traduit aussi par la présence du public. « Aujourd’hui, on voit l’engouement pour le handisport en raison des Paralympiques, mais qu’en est-il lors du championnat national d’athlétisme de handisport  ?  », se demande Jean-François Favory. Il estime que l’engouement est moindre lorsqu’il s’agit d’événements à portée nationale.

Or, il est important que ce soutien se maintienne dans ces moments aussi. «  Kan gagn meday-la, zot tou kontan (…) me kan ena bann sanpiona, kifer zot pas gagn sipor ? » Car Jean-François Favory estime que les applaudissements et les encouragements sont aussi une forme de soutien pour un athlète. Plus qu’un simple sport : le moyen de s’épanouir pleinement. Voilà comment Brandy Perrine vit, quant à elle, cette aventure en fauteuil.

Sur la ligne de départ à Tokyo, elle essaiera d’écrire une autre page du handisport mauricien. «  Une fois sur la piste, je ne ressens pas la pression autour de moi », confie t-elle. Loin des défis et des attentes autour du handisport, Brandy roulera d’abord pour se surpasser.

Yanick Bazile

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