Père Bernard Hym : « Notre pèlerinage, pas une démarche traditionnelle »

Père Bernard Hym : « Notre pèlerinage, pas une démarche traditionnelle »

Un pèlerinage bousculé en raison des mesures sanitaires. Avec la décentralisation dans les paroisses et le nombre de fidèles restreint dans le caveau, la ferveur du pèlerinage Père-Laval ne sera pas la même qu’auparavant. S’il s’agit là d’un point auquel adhère le père Bernard Hym, Vice-postulateur pour la cause du Père Laval, il soutient toutefois que c’est aussi l’occasion de revoir notre manière de vivre cette relation avec le Bienheureux. Face à un pèlerinage bousculé, il entrevoit l’opportunité de construire un nouveau lien avec le Christ, en passant par le Père Laval.

Père Bernard Hym, pourquoi fait-on le pèlerinage Père-Laval ?

Dès le lendemain de la mort du Bienheureux, les gens ont afflué au caveau. Pour le premier anniversaire de son décès, les Pères de Ste-Croix se sont retrouvés devant une foule de 4 000 personnes. Du coup, ils ont dû organiser des messes. Déjà à l’époque, ce n’était pas une foule de chrétiens, mais de gens de toutes communautés.

Dans les années 1900, avec la malaria, les habitants déménagent et les prêtres n’habitent plus là. Si les fatak ont envahi le terrain ici, seul le chemin vers le caveau n’a pas eu besoin d’être débroussaillé. Dès que le père Pellerin a décidé de revenir s’installer à Ste-Croix, les habitants l’ont également fait.

Il faut dire que ce n’est pas dans la tête que l’on rencontre le Père Laval. On le rencontre avec tout ce qu’on est. C’est important pour les gens de se sentir en relation physique avec le Père Laval. Il va y avoir une vraie souffrance pour les pèlerins cette année, en raison des mesures sanitaires.

Vous parlez de souffrance des pèlerins, mais il y a aussi ceux qui ont pris l’habitude de se rendre au caveau chaque jour. Comment peuvent-ils surmonter cette souffrance ?

La première chose à se dire, c’est que si je vais au caveau, je peux être à risque pour les autres. M’abstenir d’y aller ou offrir la souffrance de m’abstenir d’y aller, c’est déjà faire quelque chose pour autrui. Selon moi, vivre le chemin de guérison, à la suite d’une promesse, à travers l’offrande de sa frustration pour la sécurité des autres, c’est déjà une manière d’être fidèle à la promesse faite.

Par ailleurs, dans toute l’île Maurice et dans beaucoup de maisons, il y a la présence du Père Laval sous forme de tableau, d’image ou de buste. Je peux me dire que comme je ne peux pas pas aller au caveau du Père Laval vu les conditions sanitaires, je vais vivre cette rencontre avec le Bienheureux loin du caveau, mais avec plus d’intensité.

Il ne faut pas oublier que c’est la deuxième année que l’on ne vit pas Pâques pleinement. Donc, cette souffrance n’est pas nouvelle et elle est assumée par solidarité nationale. Je trouve que le fait de s’être privé de cette joie, c’est déjà quelque chose d’important. Il faut que cette frustration permette de donner un nouveau souffle à notre manière de vivre notre pèlerinage et que nous arrivions à nous rendre compte que notre pèlerinage n’est pas simplement une démarche traditionnelle. C’est une démarche personnelle et communautaire. J’ai besoin de construire ce lien personnel et communautaire avec le Seigneur et avec le Père Laval.

À vous entendre, on pourrait penser à la fin d’une époque dans la manière de célébrer le pèlerinage…

C’est quelque chose d’inattendu, mais il ne s’agit pas d’un point final. L’an prochain, le pèlerinage peut revenir à l’ancienne formule. Si on se contente de simplement dire « je n’ai pas ça », oui, ce sera une frustration ou une souffrance. Mais si cela me permet de mieux vivre cette relation avec le Père Laval, alors ce n’est pas une souffrance perdue.

Comment traduire cela dans le concret ?

Puisqu’il existe la possibilité de participer à une messe dans sa paroisse respective, cette cohésion communautaire peut se retrouver à un niveau moindre. Et quand il y aura la possibilité de revenir au Père Laval, il faut que ce soit une grande fête.

On prie avec le corps et aujourd’hui, certains gestes ne sont plus permis dans le caveau, en raison des mesures sanitaires. Comment se réinventer dans ce cas ?

Pour le moment, ce n’est pas possible dans les conditions actuelles. Cela permet de ré-intérioriser ce manque en découvrant l’importance du geste que l’on fait. J’achète mes fleurs et je prends une bougie, c’est un peu une routine qui se construit.

Mais voilà qu’on sort de la routine, en raison du manque. On peut se dire qu’après, on revient à nos habitudes ou on apprend à vivre autrement cette relation avec le Père Laval. On s’aperçoit alors que l’on retrouve aujourd’hui une relation avec le Père Laval que l’on n’avait plus. Pour moi, c’est la manière de sortir par le haut, au lieu de revenir là où on avait laissé les choses. Si on vit un pèlerinage comme il se doit, il faut que nous ayons changé à notre retour chez nous.

Selon vous, père Bernard Hym, est-ce une certitude que le pèlerinage de cette année sera un tournant dans la manière de vivre les pèlerinages à venir ?

Oui, ou alors on a tout perdu. C’est vraiment cela qui m’habite. Personnellement, je ne vois pas comment on peut faire semblant que la souffrance n’a été qu’une parenthèse. Il y a des choses pour moi qui sont providentielles si on sait les accueillir comme des cadeaux du ciel.

Propos recueillis par Yanick Bazile

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