Rapport Sauvé : Onde de choc sur l’Église

Rapport Sauvé : Onde de choc sur l’Église

Le 5 octobre est à marquer d’une pierre blanche, avec la publication du rapport Sauvé. Lequel met en lumière l’immensité du problème d’abus sexuels dans l’Église de France de 1950 à 2020. Ce rapport interpelle également au sein du diocèse de Port-Louis. Le point avec le père Jean-Maurice Labour, responsable du Comité diocésain sur les abus sexuels.

Vous qui faites partie de l’équipe ayant rédigé le protocole mis sur pied pour traiter les cas d’abus sexuels sur mineurs dans le diocèse de Port-Louis, comment accueillez-vous le rapport Sauvé ?

Je reçois un choc terrible avec ce rapport. Trois chocs : premièrement, le nombre de victimes et leurs souffrances. Deuxièmement, le nombre de prêtres et religieux coupables et la trahison de la confiance  : des prêtres, religieux et religieuses qui sont supposés être des exemples, des personnes en qui on a confiance, et qui sont coupables de crimes d’abus sur les enfants et les jeunes qui sont confiés à leur charge. Troisièmement, le rapport révèle une véritable crise institutionnelle :le cover-up qui, d’après le rapport, provient de l’Institution même de l’Église, dans son système de gouvernance, où les coupables sont couverts, au détriment des victimes réduites au silence. Le choc, c’est la mise en cause, dans le rapport Sauvé, du système de fonctionnement de l’autorité dans l’Église, dans certaines parties de son enseignement théologique, dans son code de droit dit « canonique ».

Il est vrai que, conscients du problème, les évêques de France ont eu le courage de commander eux-mêmes ce travail à un haut fonctionnaire indépendant qui était libre de choisir ses collaborateurs et collaboratrices. Mais le résultat est bien plus dramatique.

Quelles sont, selon vous, les conséquences d’un tel rapport sur l’Église en général et sur l’image des prêtres ?

Il est inévitable que l’image du prêtre « en général » en prenne un coup, autant en interne qu’en externe. La chute est d’autant plus brutale que le prêtre était souvent mis sur un piédestal. Nous, prêtres, croyons souvent que nous détenons la vérité ultime sur toutes les bonnes pratiques religieuses et nous nous imposons. C’est précisément cette réputation du prêtre «  konn tou, fer tou partou  » qui a justifié la chape de plomb sur les abus commis par des prêtres. Cette image d’une Église cléricale en prend un coup. Certains aspects du système de pensée spirituelle et théologique dans lequel nous avons été enseignés doivent changer. Le rapport le souligne.

Mais heureusement, tous les prêtres ne sont pas des abuseurs. Dans leur immense majorité, ils sont de bons serviteurs qui ont donné et donnent leur vie pour servir le peuple.

Je souhaite que nous puissions puiser, avec courage et force, du rapport Sauvé de quoi nous engager avec plus de justesse encore.

Cependant, c’est d’abord la souffrance bouleversante et la destruction des vies des victimes qui doit nous préoccuper, plus que l’image du prêtre et de l’Église. C’est précisément pour avoir donné priorité à son image que l’Église a fermé les yeux sur les victimes.

Concernant le scandale des abus sexuels, encore plus avec le rapport Sauvé, des protocoles ont été établis, des paroles libérées. Y a-t-il autre  chose à faire pour que cette situation ne se répète pas ?

Le rapport Sauvé n’est pas une fin, mais le commencement d’un chemin de croix pour l’Église. Elle mettra du temps à guérir, mais il faut qu’elle passe par le chemin de la vérité. Il s’agit d’abord de cultiver une attitude d’humilité pour se reconnaître pécheur. Mais se reconnaître pécheur n’est pas un alibi pour éviter des remises en question, ne pas mettre en pratique des mesures de réforme sur le fond.

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