Delphine Taylor : « Voir plus clair sur les problématiques du marché de l’emploi »

Delphine Taylor : « Voir plus clair sur les problématiques du marché de l’emploi »

Si vous suivez les réseaux sociaux, vous avez sûrement remarqué l’enquête qui se fait actuellement sur les salaires à Maurice. Il s’agit d’une initiative de l’Observatory of skills and employability in Mauritius (OSEM). Pourquoi cette étude et qu’est-ce que cet observatoire ? Delphine Taylor, la fondatrice et directrice générale, nous l’explique.

Delphine Taylor, Qu’est-ce que l’OSEM ?

C’est un projet d’intérêt général, lancé en juin 2021 conjointement par MeetYourJob (une société de recrutement) et moi-même car nous avons constaté l’absence d’information adaptée, actualisée et disponible sur la compétence et de l’employabilité à Maurice.

L’OSEM est un Observatoire et se différencie des cabinets d’études spécialisée en études de marché et de conseils du fait de sa « raison d’être ». Généralement, les cabinets d’études sont mandatés par des entreprises ou organismes publics pour entamer des études et les analyses sont souvent destinées à l’usage interne (…) L’observatoire, lui, va communiquer les informations de manière objective et transparente et va essayer de la rendre la plus compréhensible par tous.

Quels sont vos objectifs ?

Au cœur de ce projet, le partage de la connaissance, de manière transparente et simple pour qu’elle soit accessible et utile à la majorité, et l’émergence d’une vision globale sur le contexte actuel des entreprises, des salariés et de la population active.

À travers des études nationales, courtes et rapides en ligne, nous souhaitons permettre d’y voir plus clair sur les problématiques du marché, pour que les acteurs économiques puissent mieux anticiper leurs besoins et optimiser les prises de décision.

De même, les jeunes pourront mieux choisir leur orientation professionnelle et les chômeurs s’orienter vers les métiers et secteurs qui leur offriront le plus d’opportunités.

En somme, cet observatoire se veut être un outil pour tous : employeurs, employés, étudiants et organismes public.

Beaucoup d’efforts sont faits de part et d’autre par les acteurs (public et privé) du marché de l’emploi, mais malheureusement, il y a une déperdition des efforts par manque de synergie et de vision commune. C’est grâce
à cette vision commune et en travaillant en concertation que nous pourrons amorcer la transformation du monde du travail, devenir plus compétitifs et surtout impacter le chômage, celui des jeunes en particulier.

Vu le nombre d’agences de recrutement à Maurice, pourquoi est-ce important d’avoir un laboratoire de recherches sur l’employabilité, selon vous, Delphine Taylor ?

Le rôle d’une agence de recrutement est de rechercher les profils les plus adaptés aux entreprises, selon leurs besoins à un moment précis. Elles peuvent certes apporter leurs connaissances et participer à cette observation car, avec les entreprises, elles sont les premières à faire face à la réalité du marché, mais n’ont pas pour vocation d’observer l’évolution du marché et de communiquer au grand public des études de marché.

Nous sommes entrés dans la 4e révolution industrielle. Nous savons que les technologies numériques et d’intelligence artificielle transforment le monde du travail. La maind’œuvre d’aujourd’hui devra acquérir de nouvelles compétences et apprendre à s’adapter en permanence, à mesure que de nouvelles professions émergent. Nous savons aussi que la crise de la Covid-19 a accéléré cette transformation. Les emplois existants exigent d’autres
compétences, des emplois nouveaux naissent et d’autres disparaissent. Nous sommes cependant moins clairs sur les compétences spécifiques dont les travailleurs de demain auront besoin.

C’est pour cela que cet observatoire est important. Puisque les mutations du monde du travail, la digitalisation accélérée, les impacts écologiques et l’intégration des nouvelles générations au sein des entreprises deviennent des enjeux majeurs auxquels il faut trouver des solutions.

À quoi et à qui serviront ces recherches ?

Ces analyses ont pour objectif premier la transmission de l’information à la population, aux employeurs et aux organismes publics. Le premier pas vers le changement est la prise de conscience. Le second est l’acceptation. Finalement, ce qu’on espère atteindre, c’est la mise en place d’actions concertées et de synergie public-privé. Non pas de manière ponctuelle, mais sur des plans d’action sur le long terme. Sur des changements structurels et de fond qui prendront des années certainement à voir le jour, mais qui deviennent plus qu’urgents !

L’emploi et la compétence sont des sujets qui nous concernent tous. Il n’est pas uniquement de la responsabilité du gouvernement ou des entreprises. Chaque Mauricien doit prendre conscience de sa responsabilité dans sa formation et sa montée en compétence.

Votre première étude était sur la formation. Que révèlent les analyses ?

Nous avons interrogé les employeurs et en parallèle, les salariés pour analyser les différents point de vue. 2 points majeurs ressortent : d’abord, la population active mauricienne suit très peu de formations. En 2018-2019, seulement 1 800 employeurs sur plus de 19 000 qui cotisent à la HRDC ont bénéficié de subvention pour des formations. Ce qui représente environ 70 000 personnes sur 591 000 actifs et 12% de la population active. Il faut savoir que dans les pays de l’OCDE, 41% de la population active suit au moins une formation professionnelle par an. Cela confirme qu’à Maurice, la marge de progression est importante !

Deuxièmement, les freins principaux que sont le manque de moyens financiers et la difficulté des démarches administratives de remboursement. Le système actuel n’encourage pas les entreprises et notamment les PME, à proposer des formations parceque l’entreprise doit non seulement avancer les coûts de formation, sans compter la complexité des démarches.

« What’s next » avec ces analyses sur la formation ?

Le chômage a atteint 9,8% en 2021 contre 6,7% en 2019. Le chômage des jeunes est inquiétant : 26,1%, alors qu’en 2019 nous étions à 22,28%. La situation ne va pas s’arranger… Il faut vite mettre en place les mesures nécessaires pour que nos jeunes trouvent leur voie et cela, dans des secteurs en plein développement. Comme précisé avant, l’objectif prioritaire pour le moment, c’est la prise de conscience de l’importance de la formation, de la montée
en compétence, ainsi que les freins rencontrés par les employeurs et employés.

Même si tout le monde est d’accord pour dire que la compétence sur le marché du travail est cruciale, jusqu’aujourd’hui, aucune étude n’avait été publiée sur le sujet. À la lumière des chiffres quantifiés, comment pouvonsnous espérer être plus compétitifs et productifs dans un monde du travail qui connaît une telle transformation ?

L’OSEM va aussi devoir faire une levée de fonds car il ne pourra poursuivre cette mission qu’avec le soutien financier des acteurs du privé et du public.

Delphine Taylor, vous avez lancé la deuxième étude sur les salaires à Maurice. Pourquoi ce sujet et quelles sont vos attentes ?

Toujours dans un objectif de transmission d’information et de transparence, nous souhaitons aider chaque personne active à mieux se positionner sur le marché, avec des données réelles et factuelles. Ce, dans toutes les industries et professions représentées sur notre île. Pour les recruteurs, cela leur permettra de se positionner par rapport au marché et de fixer des budgets de recrutement selon les données. De plus, nous avons de nombreux
sujets à venir, tels que : Happiness at work ou la diaspora : qu’en est-il de tous ces cerveaux mauriciens qui ne rentrent pas ? Beaucoup de sujets sur lesquels nous n’avons pas d’information encore.

NH

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