Lames lor koltar en respectant la loi

Lames lor koltar en respectant la loi

Cacophonie depuis ce week-end suite aux nouvelles restrictions sanitaires liées à la pandémie. 50 personnes pour les enterrements et les mariages, mais 10 personnes dans les lieux de culte ? « Which is which ? » se demandent les prêtres qui s’indignent face à « l’incohérence » du gouvernement dans ses décisions. Pour contourner le problème, « lames lor koltar » est proposé aux fidèles. Comment les paroisses accueillent-elles les restrictions sanitaires ? La parole aux prêtres.

«  On ne peut pas empêcher les gens de prier ! Qu’est-ce qu’on va faire ? Il faut bien trouver une autre solution pour nos fidèles », martèle le père Gérard Mongelard. C’est à travers une vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux le weekend dernier, qu’il a partagé son indignation face à la décision du gouvernement de limiter l’accès aux lieux de culte à 10 personnes seulement, alors que pour les mariages et les enterrements, un maximum de 50 personnes y ont  accès. Une décision qu’il qualifie d’incohérente.

Colère et frustration

Bien qu’il comprenne le besoin de renforcer les mesures sanitaires à cause de la résurgence du virus, notre interlocuteur voudrait comprendre la logique derrière cette restriction en particulier. « J’ai besoin de comprendre comment il n’y a pas de contrôle dans les casinos ou que les salles de sports arrivent à accueillir les 50 personnes autorisées, alors que nos églises peuvent contenir 300 personnes avec les gestes barrières et nous devons nous limiter qu’à 10 personnes seulement », explique-t-il. Il est rejoint par le père Patrick Fabien et d’autres confrères prêtres dans cette colère et frustration.

Sentiments ressentis également par les fidèles. « C’est la révolte et l’amertume que nous ressentons auprès de nos paroissiens. Ils ont cette perception de se sentir écrasés ».

Pour contourner ce problème, certaines paroisses, notamment celle de Sainte-Hélène, proposent‘lames lor koltar. Un concept qui ne va pas à l’encontre des restrictions sanitaires car les messes se vivent à 50 personnes en plein air, tout en respectant les gestes barrières. « Ils nous ont dit non pour les lieux de culte, mais par contre dans les salles paroissiales ou en plein air, il n’y a pas de problème aussi longtemps que les gestes barrières sont respectées », stipule le père Patrick Fabien. « On verra bien jusqu’où ça ira », ajoute le père Mongelard.

Casse-tête paroissial

Du côté du père Tadeusz Kud, les changements de mesures concernant les lieux de culte est un vrai casse-tête pour sa paroisse, surtout au niveau de la célébration des sacrements tels que les confirmations ou encore les baptêmes. « Nous sommes en train de changer le programme pastoral toutes les deux heures. Il y en a marre ! », s’exclame-t-il. En effet, pour que les enfants puissent recevoir les sacrements avant la fin de l’année et pour que les paroissiens puissent participer aux messes, ce dernier se voit jongler avec plusieurs responsabilités afin de permettre à l’église de poursuivre sa programmation le plus calmement possible.

Lui aussi ne comprend pas le pourquoi des restrictions sanitaires. A cela s’ajoute la fatigue d’ajouter des messes supplémentaires pour permettre aux paroissiens de continuer à participer à l’Eucharistie. Dans tout ce remue-ménage, il s’inquiète pour les prêtres âgés. « Ils ont besoin de réinventer leur pastorale pour s’adapter à la réalité actuelle », s’inquiète-t-il.

A la paroisse Saint-Jean, le père Octavian Masao ne se prononce pas encore concernant la messe en plein air. Bien qu’il comprenne la démarche, il craint également les représailles que cela pourrait attirer. « Nous ne voulons pas aller contre le gouvernement. Je préfère attendre de voir s’il y a un dialogue entre le diocèse et le gouvernement pour rééquilibrer les choses », explique-t-il. Ce dernier attend de prendre une décision après avoir rencontré les membres de la Fabrique, l’EAP ainsi que d’autres prêtres en vue d’une décision commune. « J’ai peur des risques et des répercussions d’une telle décision, surtout que je suis un prêtre étranger », dit-il. Il compte néanmoins maintenir les messes en ligne, pour sa part.

Lames lor koltar et la loi

Un communiqué du Diocèse de Port-Louis, daté du 15 novembre, est venu souligner que ‘lames lor koltar’ n’allait pas à l’encontre de la loi. Ce communiqué souligne que les paroisses « n’ayant pas les moyens de contrôler à toute heure de la journée la présence de 10 personnes ont été invitées à rester fermées jusqu’à nouvel ordre. Celles qui ont les moyens d’un tel contrôle pourront rester ouvertes. » Il stipule aussi que : «  en conformité avec le Consolidated COVID-19 (Amendment No. 3) Regulations 2021 (“religious event and ceremony can be carried out provided that not more than 50 persons are in attendance at a time”), les prêtres pourront célébrer les messes et autres sacrements en dehors des églises, avec un maximum de 50 personnes ».

Une décision collective

De son côté le Dr Zouberr Joomaye, porte-parole du High Powered Comitee, explique que la décision de restreindre l’accès aux lieux de culte à 10 personnes à la fois a été « une décision collective » et « guidée par les besoins sanitaires ».

Tout en faisant ressortir que l’an dernier les lieux de culte avaient été fermés, le Dr Joomaye souligne que cette fois, les gens peuvent y avoir accès à longueur de journée malgré la restriction du nombre. « Nous déléguons la responsabilité aux personnes concernées afin de veiller à ce que la loi soit respectée », a-t-il par ailleurs fait ressortir tout en soulignant que ces dispositions seront revues selon l’évolution de la situation sanitaire.

AR et MTL

Shopping cart
Il n'y a pas d'articles dans le panier !
Continuer les achats
0