Jimmy Harmon : « Il y a une planification  de la mort des collèges privés ! »

Jimmy Harmon : « Il y a une planification de la mort des collèges privés ! »

Le 8 novembre dernier, la Fédération des managers des collèges privés décriait la nouvelle formule de grants imposée par la Private Secondary Education Authority (PSEA). Ils déplorent le manque de communication de cette instance et craignent une mainmise qui pourrait causer la mort des collèges privés. Environ 80 collèges sont concernés, dont 17 qui sont catholiques. Jimmy Harmon, responsable du secondaire au Service diocésain de l’Éducation catholique (SeDEC) et membre du working group de la Fédération des managers, fait le point sur la situation.

Pourquoi les « grants » sont importants pour le fonctionnement de vos collèges ?

Le système de grants pour les collèges date de 1977, depuis la gratuité de la scolarité. L’État donne des grants pour soutenir financièrement les établissements scolaires et par la suite, le salaire des enseignants. Depuis l’introduction des grants, plusieurs formules ont été proposées pour assurer l’entretien des écoles et le service éducatif offert. Après une période de trois à cinq ans, ces formules sont revues. Cela en fonction du contexte et des besoins de l’intégralité des collèges privés.

Et pour chaque formule, il y a toujours eu la pratique de consultations et de négociations avec les partenaires  : les collèges privés, le gouvernement et les techniciens concernés. Ce groupe de travail, le Technical Working Commitee (TWC), est présidé par une personne nommée par le gouvernement. Son rôle est d’être neutre et d’agir comme facilitateur. Les grants sont vitaux pour nous, parce que c’est ce qui nous permet de faire vivre la communauté scolaire et de proposer des projets pédagogiques pour l’épanouissement de nos élèves.

Vous déplorez un changement dans le mode d’opération. Qu’en est-il exactement ?

Avec la nouvelle formule de grants, mise en place en 2019, il n’y a pas eu de consultations au préalable avec le TWC, comme dans le passé. Nous avons reçu la nouvelle formule de la PSEA et ses exigences. Malheureusement, nous sommes obligés de fonctionner avec les conditions qu’on nous impose. Et depuis, nous recevons, petit à petit, de nouvelles conditions qui s’attachent à la nouvelle formule et nous devons nous plier à ces règlements et à leurs exigences sans les questionner. Nous ne pouvons pas fonctionner ainsi. C’est le manque de dialogue et de consultation que nous déplorons aujourd’hui.

Et la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est que la PSEA exige que pour tout projet, il faut que le collège lui demande l’autorisation. C’est très grave, parce que c’est une menace à la liberté des collèges privés. Si on accepte cette condition, c’est qu’on accepte de perdre notre liberté. Nous ne sommes pas contre le fait de rendre des comptes, mais nous avons le droit de faire nos projets et ils pourront ensuite venir vérifier comment l’argent a été dépensé. Le combat de l’épiscopat du cardinal Margéot était la liberté des écoles catholiques. Cette lettre va à l’encontre de ce qu’on veut proposer de ce combat.

Et quelle serait, selon vous, la formule idéale pour octroyer des « grants » ?

Il n’y a pas de formule idéale. À ce jour, tout ce qui nous a été proposé comme grants avait d’abord été discuté au préalable et dans le consensus. La formule idéale est de maintenir ce consensus. Des correspondances ont été envoyées à la PSEA pour remettre en place ce dialogue et aujourd’hui, nous demandons l’intervention du Premier ministre afin qu’il donne des instructions à la PSEA et au ministère de l’Éducation de remettre sur pied et de convoquer le TWC. Et c’est ainsi qu’on pourra trouver une formule satisfaisante pour les partis concernés.

Lors de la conférence de presse des managers, vous avez fait mention d’un « hidden agenda » de la part de la PSEA. À votre avis, quel est le but réel de la PSEA en modifiant la formule des subventions ?

On ne peut s’empêcher de penser à un hidden agenda. Nous avons, à plusieurs reprises, soulevé les questions de fond telles que l’impact de la baisse démographique, la nécessité de revoir les régulations par rapport au staff entitlement, et autres. Tout cela a besoin d’un plan d’ensemble, mais rien n’est fait de ce côté-là. À la place, soit quelques politesses de convenance ou des lettres circulaires. Alors là, nous disons stop !

Quelles seraient les conséquences pour les collèges catholiques si ces subventions venaient à être annulées ou diminuées ?

Les conséquences seront graves. Alors que l’État investit énormément dans ses collèges : équipements, infrastructure, technologie  ; si nous n’investissons pas aussi, nos collèges seront toujours en retard. Quand on voit tout cela, on se demande s’il n’y aurait pas des forces obscures qui font tout pour que les gens ne s’inscrivent plus dans nos écoles. Je crois qu’il y a une planification de la mort des collèges privés.

Pensez-vous que les risques d’être amputé partiellement ou totalement de ces subventions soient réels ?

Oui, c’est réel.

Quel appel lancez-vous aux autorités concernées ?

Nous lançons un appel au Premier ministre. Il est temps pour lui d’intervenir parce que la PSEA ne fonctionne pas comme elle le devrait. Le dialogue a été rompu entre la PSEA et les collèges privés. La PSEA doit nous considérer comme des partenaires. Ils doivent nous respecter.

Et si la réponse du Premier ministre ne va pas dans ce sens ?

Nous envisageons de prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre le patrimoine éducatif catholique qui date de plus d’un siècle. Nos prédécesseurs ont lutté pour que nous soyons éduqués, ce n’est pas le moment pour nous de baisser les bras.

Mais si vous sentez que la PSEA vous prive d’une certaine liberté aujourd’hui, pourquoi ne pas sortir de ce système ?

Cela a toujours été un débat. Être dans le système de grants a certainement ses inconvénients, mais cela permet à l’éducation catholique de mieux contribuer à l’éducation nationale de notre pays. Sortir du grants system, avec ses implications énormes, réduirait notre focus.

Propos recueillis par Anaïs Rock

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