Une deuxième chance après la prison

Une deuxième chance après la prison

La prison peut être synonyme de fin ou de nouveau départ. Tout est une question de perspective et ce n’est pas JC qui dira le contraire. Après y avoir passé vingt ans de sa vie, il a su trouver le courage de se donner un second souffle. À 59 ans, il est partagé entre les regrets des opportunités perdues et la joie d’avoir été au service de son prochain en prison. À cœur ouvert, JC* revient sur ses vingt dernières années à liniverstite et témoigne de son chemin de conversion.

C’est dans le salon, d’une maison qu’il loue, que JC nous accueille pour cet entretien. Rien ne laisse transparaître que cet homme qui aura 60 ans bientôt est un ancien détenu. Cependant, il avoue que même en liberté, il doit toujours faire face aux regards et préjugés de la société. « On est souvent les premiers à être mon trés du doigt par moments, lorsqu’il y a un vol ou un délit  », confie notre interlocuteur, conscient que la société est ainsi faite.

Après vingt ans dans l’univers carcéral, il nourrit les regrets d’une vie perdue. Lui qui avait alors un travail stable dans une banque privée et qui était même responsable d’une chorale paroissiale, a malheureusement choisi le mauvais chemin. Pour JC, nul n’est à l’abri de la tentation. Et quand on est sur une pente glissante, il confie que c’est là que les mauvaises fréquentations commencent.

17 années derrière les barreaux

« Kouma kapav mwa ki pe vinn la  ? » Voilà ce qu’il s’est dit quand il s’est retrouvé en prison pour une « allégation d’importation de cannabis ». Bien que JC n’ait eu cesse de clamer son innocence, les preuves et les témoignages l’accusaient.  Wrong time and wrong place with the wrong person résumerait bien sa défense, mais la Cour tranchera pour une peine de douze ans.

Après l’appel, il sera condamné à vie. Ce n’est que bien des années plus tard, et vu son bon comportement, que sa peine sera réduite à 25 ans. Il sera alors gracié et verra sa peine réduite à vingt ans. À ce stade, JC avait déjà passé 17 années derrière les barreaux. «  Mo pa kontan akoz mo pa ti bizin laba (…) mo inn perdi boukou (…) Dan lot sans, mo inn dekouver boukou kiksoz. »

« Ou kone ki apel dormi dibout (…) akoz pinez (…) manze-la fodre ou pa get li si ou anvi plin ou vant  », confie JC. Ses premières années se traduisent par la découverte de la vie dans une prison et cette question qui tourne en boucle dans sa tête : kifer mwa ?

Du courage aux codétenus

La vie dans une cellule n’est pas ce que souhaitait JC pour vivre une conversion. À un certain moment, il a cessé de broyer du noir pour tenter de tirer profit de la situation. Comment ? Simplement en ayant la responsabilité de s’occuper des messes chaque samedi. « Bannla finn trouve ki mo konpran inpe zafer (…), vu que je faisais partie d’une chorale. » JC sera aussi en charge de l’animation lors des spectacles et animera des temps de prière. Des souvenirs gardés de sa vie en prison, il conserve ces lettres témoignant de comment il a su donner du courage à ses codétenus, des photos de lui animant la messe et son certificat de Zezi Vre Zom. D’ailleurs, certains n’hésitaient pas à l’appeler « frer » ou « monper » en prison.

JC explique que la vie derrière les barreaux requiert une bonne cohabitation entre les détenus. «  Nou dakor nou inn fer enn erer, me bizin aprann viv ansam laba (…) », soutient-il. Chacun, en fonction de sa peine, affronte cette épreuve à sa manière. Pour notre interlocuteur, dialogue et vivre-ensemble ont rythmé ses vingt dernières années. « Pou mwa, se nou ki viv laba, pa bann ofisie (…) L’officier rentre chez lui après ses heures de travail, tandis que le prisonnier continue à y habiter (…) », souligne-t-il. Certes, les bagarres entre détenus existent, tout comme les abus des officiers.

L’univers carcéral : « enn liniversite »

JC rappelle alors que l’univers carcéral est fait avant tout d’êtres humains et que le respect et la dignité de la personne sont importants. Cela bien, qu’elle soit derrière les barreaux.

Pour notre interlocuteur, l’univers carcéral est «  enn liniversite  » où on peut apprendre beaucoup de choses. Bonnes ou mauvaises. JC ajoute que tout est une question de discernement. Ses divers certificats et formations attestent de comment il a su tirer profit de son temps. «  Enn deteni li koumadir enn pomdamour gate… Inn tir nou ek met nou laba… Selma, nou kapav enn pomdamour gate ki reprodwir seki bon. » Pour cela, il faut la volonté de s’en sortir. Et rien n’est gagné d’avance, une fois dehors. «  Je reste à distance des problèmes et des mauvaises fréquentations (…) Lapolis pa get ou, li ramas ou ansam avek bannla (…) Kan fini fer lanket ki kapav trouve ou inosan (…) me ou inn revinn dan prizon antretan. »

Mais il ne cache pas que la société n’est guère compatissante envers les anciens détenus. Faute d’avoir un certificat de caractère, JC explique que c’est difficile de retrouver un emploi. Et il se retrouve, alors, à la case départ : en prison. « Gramersi mo ti ena enn ser kinn kontigne get mwa (…) ek inn donn mwa enn koud pous kan mo finn sorti. »

Joie de marcher librement

C’est ce qui l’a aidé à affronter la vie une fois dehors. Après un emploi comme agent de sécurité, il accompagne aujourd’hui les toxicomanes au sein d’une ONG. « Mo finn aprann kiksoz (…) mo finn gagne gratis (…) aster mo bizin partaz gratwitman », avance-t-il.

Conscient que «  tas-la reste  », JC soutient qu’il ne faut pas cesser d’avancer pas à pas. «  Seki inn arive inn arive (…) J’ai perdu un long moment de ma vie, mais j’ai aussi appris et servi à quelque chose. »

Apres vingt ans, c’est une joie immense de pouvoir marcher librement dans les rues de son pays. « Mo ti krwar ki mo dan lot pei (…) Ena plas ki mo pa ankor ale ziska prezan », lance notre interlocuteur. JC partage même sa vie avec quelqu’un qui a su l’accepter avec son passé. « J’ai eu les larmes aux yeux quand elle m’a dit qu’elle m’aimerait, même si j’étais incarcéré ces vingt dernières années.  » JC espère que les mentalités changeront envers les anciens détenus.

«  Kan trouv enn droge, nou travers sime nou ale (…) Lasosiete finn fini rezet li (…) si trouv li, koz ar li (…) montre ki li touzour ena so valer ek so dinite (…) » Pour JC, « mem enn pomm damour gate kapav prodwir seki bon », si on lui laisse une deuxième chance.

Yanick Bazile

* Nom fictif.

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