Bien lotis… ou sur le pavé

Bien lotis… ou sur le pavé

Bien lotis… ou sur le pavé. Une vidéo sur la page Facebook des habitants de Beau-Bassin/Rose-Hill montre tout un drame que vivent certains de nos compatriotes. En effet, ils sont plus d’une quinzaine à jeter leurs matelas aux abords d’Arab Town pour la nuit. Cette situation n’est pas unique aux Villes-Sœurs ; certains internautes mentionnant, entre autres, Les Salines…

Poignant, le témoignage de ce jeune père de famille qui « travay gramatin pou manz pou tanto ». Et qui, tout honteux, ne visite plus son enfant (il réside chez ses grands-parents), « parski mo pa santi mwa kouma enn per de fami », parce qu’incapable de mettre « de fey tol » au-dessus de la tête de sa famille.

Cette réalité, beaucoup la zapperont. On ne peut la voir en circulant en voiture. Ni aux traditionnelles heures ouvrables, 9h-16h… On ne peut la voir en restant confiné dans les Shopping Malls, les Gated Communities, dans notre perspective «  ki pei pe devlope  » et que l’État Providence prend le relais auprès des défavorisés…

Pour la prendre en plein visage, il faut arpenter les coins parfois malfamés, les recoins lepep de nos villes, de nos quartiers. Il faut aussi le faire à des heures indues – après que le bruit de la ville s’est tu, les volets des magasins tirés, la lumière du jour tombée, les trottoirs désertés. Il faut prendre le courage de sortir physiquement de son chemin habituel. Sortir aussi psychologiquement de ses idées préconçues, d’ouvrir les yeux sur ces indices qui racontent ces drames humains. Il faut aussi écouter le vécu de ces compatriotes.

Ce, pour comprendre, avec la tête et le cœur, ce qui va mal dans notre île Maurice. Comprendre qu’il existe, au-delà des chiffres et des chantiers, surtout routiers et infrastructurels, un pays à multiples vitesses, creusés davantage par le gaspillage, un développement non-inclusif, une solidarité hésitante.

Comprendre que la crise n’affecte pas tous les gens de la même manière. Certains font sereinement la planche. D’autres, à coup de brasses énergétiques, gardent la tête hors de l’eau, alors que leurs camarades perdent pied. Des Mauriciens bien lotis, d’autres jetés sur le pavé. Un écart de plus grandissant entre les have et have not  : voilà l’enjeu auquel devra se consacrer le prochain Budget.

Danièle Babooram

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